lundi, 03 décembre 2018 22:46

Gilets jaunes et menaces de mort... de la démocratie ? Spécial

2 décembre 2018

Depuis bientôt un mois, j’observe en France le mouvement des Gilets jaunes. J’ai retenu qu’il a été notamment initié par une dame, Jacline Mouraud : sur Internet, elle dit en termes simples, compréhensibles par tout un chacun le ras-le-bol des nouvelles mesures ordonnées par le gouvernement, notamment la hausse de la taxe sur les carburants. Depuis trois samedis, on voit se constituer partout en province et à Paris des barrages filtrants, des manifestations de toutes sortes, le plus souvent bon enfant, pour protester contre la hausse continue des taxes gravant les budgets des plus modestes. Dès le 18 novembre 2018, un nombre important de manifestants se rassemblent : le Ministère de l’Intérieur relève un pic à 287 710 personnes le 17 novembre 2018 ; c’est bien davantage que les rassemblements de la France Insoumise deux ans auparavant.

On nous dit d’abord samedi après-midi que le nombre de manifestant a baissé depuis trois semaines. Peut-être que le mouvement s’épuisera de lui-même ? Mais face aux images transmises par les chaînes d’infos qui décidément font partie de tous les conflits montrant plusieurs incendies à Paris et des nuages de fumigènes sur les plans larges de l’Arc de Triomphe, on est bien obligé de reconnaître que ces manifestations sont devenues de plus en plus violentes. Une fois, on fustige les casseurs de l’ultradroite ; la semaine suivante, on parle des agitateurs de l’ultragauche. Ce soir on nous dit que les uns rencontrent les autres sur les boulevards conduisant à l’Arc de Triomphe. Tantôt on dit qu’ils marchent côte à côte, puis qu’ils se battent les uns contre les autres. Et puis toujours, ces allusions insidieuses. Les CRS seraient en place chaque samedi matin dès les aurores, mais ils laissent passer. C’est tout juste si on ne dit pas que le ministère de l’Intérieur conduit les manifestants et casseurs sur un emplacement précis où on a pris soin de laisser en place tout ce qui est nécessaire à une guerre urbaine : barrières, échafaudages, matériaux de chantiers et pavés pour que la violence ait bien lieu. De l’autre côté, les chaines d’infos attisent le feu, enchaînant les directs le terrain depuis plusieurs points de la capitale et des villes françaises, tout en insistant sur l’inflexibilité et la surdité croissante du président et de son gouvernement.

Il ne s’agit plus, comme on pouvait le penser tout d’abord, d’une question exclusivement écologique. France 2 avait convaincu Nicolas Hulot de revenir à la télévision pour une émission faite sur mesure pour lui après trois mois de silence. L’équation n’est pas aussi simple : soit on accepte les nouvelles taxes pour faire baisser le recours aux énergies fossiles, soit on acte la fin du monde. C’est à la fois plus simple et bien plus compliqué.

Ce n’est plus une question d’écologie ou de préservation de la planète. Il s’agit bien plus sérieusement de la survie des gens qui travaillent durement, en France et ailleurs. La survie de la classe moyenne. Or tout le monde sait que sans classe moyenne, il n’y a pas d’e prospérité, pas de démocratie possible.

En haut, il y a les élites, ceux qui ont fait de brillantes études ou des carrières enrichissantes pour leur compte en banque ou leur portefeuille de titres. De l’autre, ils sont de plus en plus nombreux, ces gens de la classe moyenne que gagnent plus ou moins bien leur vie. Ils vont au travail tous les matins sans rechigner. Ils sont même prêts à se déplacer de plus en plus loin pour aller travailler, si on le leur demande. Et s’il n’y a pas de transports publics, ce qui est quand même le cas dans beaucoup de régions de la province française, ils prendront leur voiture et paieront les pleins de carburant qu’il faudra pour aller travailler. Depuis des années, leurs salaires n’augmentent plus. On leur a dit qu’il fallait faire des sacrifices. Que tout le monde doit se serrer la ceinture. Eux le font, sans discuter, Mais ceux qui leur disent qu’il faut se serrer la ceinture, est-ce qu’ils serrent la leur ?

Je parle de la France. ^Je le fais dans cette chronique suisse parce que les mêmes conclusions s’appliquent à notre pays. J’y reviendrai

Non, il n’y a pas que les problèmes de cornes de vaches en Suisse…

 

3 décembre 2018

Et voici que maintenant, Jacline Mouraud et d’autres participants de son mouvement sont menacés de mort. Le mouvement dit des « gilets jaunes » n’est pas homogène. Il se veut une émergence spontanée et non pas contrôlée. Leurs membres ont sans aucun doute fait partie d’autres mouvements par le passé ; ils sont ou ils étaient sans doute engagés dans des mouvements politiques ou syndicaux. Ils ne veulent pas ou plus mettre leur destinée entre les mains de personnes censées les représenter. Car tous ces représentants, quelle que soit leur appartenance politique ou idéologique les ont trahis à un moment donné.

Pour être entendus et considérés comme crédibles, ils devraient pourtant parler plus ou moins d’une seule voix. Ils devraient avoir des représentants, des porte-parole ou au moins des orateurs faisant entendre leur message, leurs revendications. Pour être en mesure d’expliquer aux gens ordinaires ce qui se passe, le pourquoi de leur mouvement et faire entendre une voix représentative aux gouvernants, président de la république, ministres ou députés. Ils ne parviennent pas à s’unir. Face à eux, le président et le gouvernement attendent que ca se tasse, que le mouvement pourrisse sur pied avant Noël, pour qu’ensuite on puisse passer à d’autres réformes, d’autres taxes, d’autres coupes dans le budget des ménages.

Une partie des participants refusent toute discussion par le biais de représentants, toute négociation. Le président n’a qu’à céder, ou alors il démissionne, il dissout l’Assemblée nationale. Ils ont été trop souvent trompés et déçus. Désormais, ils veulent tout faire eux-mêmes, se charger directement de faire changer les choses ou de faire tomber le gouvernement.

Après trois semaines de manifestations violentes à Paris, avec l’infiltration de mouvements de casseurs, qualifiés tantôt d’extrême-gauche ou d’extrême droite, selon les jours et les commentateurs – les chaines d’information, continue ou non, jouent dans cette affaire un rôle non négligeable ; ils soufflent le chaud et le froid, ils excitent les esprits- un collectif de dix personnes, dont Jacline Mouraud, signe un appel.

Des "gilets jaunes libres", dont la Bretonne Jacline Mouraud, appellent à une "sortie de crise" et affichent leur souhait d'être "les porte-parole d'une colère constructive" dans une tribune publiée, au lendemain d'une journée de mobilisation marquée par une flambée de violences à Paris.

Dans ce texte, publié par le Journal du Dimanche, ce 2 décembre 2018, ces dix porte-parole autoproclamés condamnent "toutes les formes de violence" et se disent à la "disposition du Premier ministre pour un premier rendez-vous". "Nous sommes prêts à en discuter", a assuré dimanche matin sur Europe 1 le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Les signataires de l'appel, où l'on retrouve également le Toulousain Benjamin Cauchy et le Francilien Cédric Guémy, disent espérer "un accord rapide" et appellent leurs soutiens à se structurer localement "loin de toute radicalisation et en accord avec les 80% de Français qui nous soutiennent" pour "(construire) un projet viable et crédible, dans l'intérêt de tous".

Ils réclament notamment "l'ouverture d'états généraux de la fiscalité", une "conférence sociale nationale", "l'organisation de référendums réguliers sur les grandes orientations sociales et sociétales du pays", ou encore la proportionnelle pour les élections législatives.

Le 26 novembre, des "gilets jaunes" avaient déjà annoncé la constitution d'une "délégation" de huit "communicants officiels" qui avait été aussitôt contestée au sein du mouvement et s'est rapidement auto-dissoute.

 

Une fois de plus, les porte-parole n’iront pas à Matignon. D’abord, parce que d’après ce qui leur est rapporté, le premier-ministre n’entend pas infléchir sa politique. Ils ne veulent pas être les instruments de la communication du premier-ministre. Ensuite et surtout parce que ces représentants ont été à plusieurs reprises menacés de mort, eux et leur conjoint, leurs enfants, les membres de leur famille. Dans ces conditions, ils préfèrent renoncer.

Je m’inquiète. Qui sont ces gens qui menacent de mort ? On dit que ce sont des adhérents au mouvement selon une ligne dure et inflexible. On entend dire que des gilets jaunes se posteront près de Matignon, empêchant qui que se soit d’entrer pour aller négocier.

Je me demande si ce n’est pas de l’intoxication : des mouvements extrêmes qui sèment le trouble dans les esprits pour avoir une bonne raison de renverser la démocratie. Faut-il rappeler que c’est ainsi que les nazis sont arrivés au pouvoir en Allemagne dans les années trente ?

J’ose espérer que ce ne sont pas des manœuvres d’intimidation des services secrets ou d’officines semblables.

Quoi qu’il en soit : quelle est cette démocratie où des personnes sont menacées de mort parce qu’ils veulent faire valoir leur opinion ?

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