mardi, 16 octobre 2018 20:59

Surveillance : criminels, terroristes mieux traites que les assurés sociaux ?

Les nouvelles dispositions de la LPGA (Loi sur la partie générale du droit des assurances sociales) posent un sérieux problème au niveau des libertés individuelles.

Comme nous l’avons déjà vu, un assureur peut faire surveiller un assuré comme il lui plait. Il suffit pour cela que la décision soit prise par le bon plaisir d’un membre de l’assurance exerçant une fonction de direction.

Les criminels et les terroristes seront-ils dorénavant mieux traités que les assurés sociaux ?

Si on me soupçonne d’avoir commis un crime, un délit ou d’avoir attenté à la sécurité de l’Etat, il y a tout de même des préalables. Premièrement quelqu’un va déposer plainte contre moi et cette plainte me sera signifiée.

Deuxièmement, une enquête sera diligentée. Elle sera ordonnée par un juge ; elle sera menée par la police, par la gendarmerie.

Troisièmement, je pourrai prendre un avocat et me défendre.

Ici, point de juges. J’ai déjà dit dans un autre article que notre système de santé, tout notre système politique est aux mains de lobbies. Le lobby des caisses-maladies. Le lobby de la SUVA, très puissant ; il règne sur l’assurance-accidents et tout l’univers des tarifs médicaux, paramédicaux, hospitaliers etc. depuis 1918. Ça fait cent ans. Le lobby de l’ASA. Vous ne connaissez pas ? je me fais un plaisir de vous le présenter : ASA pour Association Suisse d’Assurances (en allemand Schweizerischer Versicherungsverband SVV). Ils ne cachent pas trop leurs buts. Ils estiment qu’ils ont un poids important dans la société en raison du nombre de places de travail qu’ils fournissent. En raison de leur poids économique, ils estiment avoir voix au chapitre.

Suite au désaveu subi en octobre 2016 par la Cour européenne des droits de l’homme (CrEDH), tout le monde s’est affairé pour mettre en place une solution d’urgence pour pallier le manque. Les consultations, puis les débats, ont été menés tambour battant. La presse a joué le jeu : tout s’est passé dans une relative discrétion. On a donc mis en place une législation d’exception.

Ne vous y trompez pas : ce n’est pas seulement une législation contre les fraudeurs et les tricheurs à l’assurance-invalidité ! Sinon, on se serait contenté de mettre ces articles dans la Loi sur l’assurance-invalidité. Non : on veut mettre en place une législation d’exception, sans justice, sans police pour les dix domaines d’assurance suivants :

  • l'assurance vieillesse et survivants (AVS);
  • l'assurance invalidité (AI); l
  • les prestations complémentaires à l'assurance vieillesse, survivants et invalidité (LPC);
  • la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité (LPP);
  • l'assurance-chômage (LACI);
  • l'assurance maladie (LAMal);
  • l'assurance accidents (LAA);
  • l'assurance militaire (LAM);
  • le régime des allocations pour perte de gain en faveur des personnes servant dans l'armée, le service civil ou la protection civile et les allocations pour perte de gain en cas de maternité (APG);
  • les allocations familiales (LAFam).

Pour l’instant, on reste dans le domaine de la Confédération.

Il faut cependant s’attendre à ce que ces dispositions donnent des idées aux cantons et les communes, qui doivent gérer seuls le domaine de l’aide sociale et de différents subsides.

Je n’ai à ce jour toujours pas la réponse à ma question de mon dernier article. L’assurance invalidité a examiné 1820 demandes. Sur combien de demandes au total ? Pourquoi ce silence sur les vrais chiffres ?

Je crois que je commence à comprendre. Il en va comme de l’insécurité. L’important n’est pas de se baser sur les dangers réels pour la sécurité des citoyens sur un territoire donné. Par exemple : il ne s’agit pas de savoir quel est le degré objectif d’insécurité la nuit dans les rues de Lausanne. Il est beaucoup plus important de se baser sur la réponse du citoyen en rase campagne dans un canton rural. Prenez un citoyen lambda au milieu de son champ dans le canton d’Appenzell Rhodes Intérieurs et demandez-lui : « Vous sentez-vous en insécurité ici ? » Par le simple fait qu’avec une caméra, des éclairages, une perche et des techniciens, vous veniez lui poser la question, vous provoquerez immédiatement la réponse : « bien sûr qu’on ne se sent pas en sécurité ! »

Il en est de même pour la fraude à l’assurance. L’important, ce ne sont pas les chiffres. Parce que même si vous prenez le taux de 10 % de fraudes indiqué dans sur le site de l’ASA, il vous restera quand même 90 % de requérants honnêtes ! L’important est de créer un malaise. Un climat de soupçons. La méfiance généralisée envers les moins chanceux, les plus pauvres, les malades, les infirmes, les personnes handicapées. Et surtout : les personnes atteintes de maladies du système nerveux ! L’assurance-invalidité tient un décompte particulier de cette catégorie de rentiers : un jour, on leur réglera leur compte !

Soyez donc sur vos gardes. Vous avez par exemple un bon travail ? un employeur cool, un job qui vous plait ? Vous n’êtes pas à l’abri. Vous pourriez bien finir un jour au chômage pour une raison ou une autre. En Suisse, on ne respecte que celles et ceux qui ont un travail et l’argent qui va avec. Une fois tout cela parti, vous sentirez petit à petit le regard interrogateur puis soupçonneux de la jeune fonctionnaire qui veut prendre rapidement du galon se poser sur vous, les questions dont vous ne comprenez d’abord pas le sens, puis les allusions de plus en plus précises sur de soit disant zones d’ombre dans vos documents et vos relevés de compte.

Pendant ce temps, ceux pour qui vous aurez voté la dernière fois continueront impunément de voyager, de recevoir des cadeaux, d'arranger les combines de leurs amis,  de partir en vacances, en congrès, en réceptions.

L’image de la Suisse est sauve !

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