dimanche, 18 novembre 2018 13:34

Je n'ai jamais été un bon chrétien

Je n’aurai jamais été un bon chrétien. Parce que la chasteté, par exemple, la vertu première d’un bon chrétien, ce n’est définitivement pas mon truc. C’est quelque chose fait de maîtrise de soi. Or je n’ai jamais été maître de rien ni de personne, surtout pas de moi-même. Comme j’ai énormément de peine à ne pas me mettre en colère, et je n’ai jamais vraiment maîtrisé aucune envie. Non, je n’ai jamais violé personne. Rassurez-vous, je n’ai pas violé des petits enfants. Je ne m’en suis pas pris à des collégiens ni à de futurs séminaristes. Mais quand j’ai une envie, c’est pour la satisfaire. Je ne sais pas sublimer, patienter, ne pas refouler. Trop crispant pour moi. Je me débrouille par moi-même, avec les moyens du bord. Excusez-mon langage direct. De même, j’ai succombé à d’autres addictions. Si bien que je n’ai pas su me marier sans me ramasser un divorce ensuite. Je me suis remarié, j’ai eu des enfants. Je n’ai pas été pour autant le meilleur des maris et encore moins un père exemplaire selon la morale des Eglises, qu’elles soient catholiques, protestantes, évangéliques ou orthodoxes.

Or donc, voici comment la situation se présente.

D’un côté, il y a un Dieu d’amour, à ce que l’on dit. Son message: son sermon sur la montagne, les béatitudes. Il décrit un ordre des choses renversé, parce qu’il se base sur un amour infini et inconditionnel. Rien à voir du tout avec le capitalisme néolibéral actuel, qui fait vivre nos Etats, ceux qui nous dirigent (ils vivent très bien), les lobbies qui sont les vrais dirigeants de ce monde, contre les peuples,  ceux qui nous enseignent dans les universités et les écoles, ceux qui nous disent quoi penser (les journalistes, les psychiatres, les psychologue et autres diseurs de bonne aventure ou coachs de vie), sans oublier l’Eglise, le Vatican et sa Banque, les patriarcats de Moscou et de Constantinople qui se font la gueule à ce qu'il paraît pour une zone d'influence en Ukraine. Non, il s’agit d’un amour fou, à ce qu’on dit, d'un amour complètement fou, qui est allé jusqu’au sacrifice suprême : sa propre vie. Très bien.

De l’autre, nous avons un système juridique extrêmement complexe et pointilleux entre les mains duquel Dieu lui-même se serait remis : « ce que vous lierez sur la Terre sera liée dans les cieux. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » Et si vous ne parvenez pas à pardonner ? Et si le pointillisme et le légalisme du système dans lequel vous vous êtres embourbés vous empêche de le faire, à moins de reconnaître que votre justice n’est qu’humaine et donc faillible ? cela voudrait dire qu’alors, même Dieu serait empêché de pardonner ? Parce qu’ils voient bien que cela ne tient pas, les ecclésiastiques, Pape en tête, viennent maintenant négocier : il y a des solutions au cas par cas. Je ne puis m’empêcher de penser a ces vers de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable … ». Il est vrai que la Sainte Rote (nom donné au tribunal d’appel instruisant en particulier les demandes de reconnaissance de nullité de mariages) a traité très rapidement les demandes des princes de ce monde. Pour les pauvres, les inconnus, ceux qui n’ont pas de cadeaux à faire au Vatican, prière de prévoir un délai. Là je fais allusion à l'Eglise catholique, apostolique et romaine; mais est-ce vraiment mieux ailleurs ? Si c'était le cas, cela se saurait et ils auraient beaucoup plus de clients, comme on dit trivialement.

Et puis, pourquoi devrai-je remettre ma vie entre les mains d’un autre humain qui va décider de ma vie : un psychiatre qui va me prendre deux cent quarante francs de l’heure ou un prêtre qui va me prendre mon libre arbitre ?

Je vais me retirer dans ma chambre, dans le silence, après avoir bien pris soin de refermer la porte sur moi. Je vais voir s'Il est là et qu’il m’entend. Cela vaudra bien mieux que toutes les paroles, bonnes ou mauvaises, des intermédiaires. Ils font ce qu’ils peuvent, ils font leur boulot, ce à quoi ils croient. Ils sont très gentils, les intermédiaires, mais ils m’ont empoisonné la vie trop souvent. Qu’ils me pardonnent : je n’ai plus vraiment confiance en eux.

 

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1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire Michel Salamolard lundi, 19 novembre 2018 10:35 Posté par Michel Salamolard

    Cher André,
    Votre critique des personnes qui se prétendent "intermédiaires" entre Dieu et vous, voire entre vous et vous, n'est pas seulement compréhensible, mais salutaire, indispensable. Elle peut même se fonder sur le chapitre 23 de l'évangile selon saint Matthieu, le plus puissant des réquisitoires de Jésus contre les "intermédiaires" religieux de tous les temps.
    En conclusion, vous adoptez aussi l'attitude évangélique qui convient, selon Jésus dans un autre passage de Matthieu (6, 5-6): "retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret".
    C'est dans ce rendez-vous avec le Père, dans le secret, que tous les chrétiens trouveront la grâce de s'intégrer non dans une société "d'intermédiaires", mais dans une communauté de frères et de sœurs.
    Le mot "chrétiens", précisons-le, ne désigne pas du tout de supposés "bons chrétiens" (c'est là le regard des "intermédiaires"), mais tous les pécheurs, tous les "mauvais", tous les "prostitués", tous les "ivrognes" et le "gloutons", qui s'en remettent non aux "intermédiaires" qui les jugent, mais à la tendresse du Père qui leur donne de renaître en fils et en filles de Dieu, en frère et en sœurs de Jésus, dans l'Esprit qui nous unit et fait toute chose nouvelle.
    Merci de votre témoignage et bons rendez-vous dans le secret!

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