dimanche, 07 janvier 2018 17:08

L’accueil de Tonina, l’infirmière Spécial

Une infirmière blonde, bien bronzée, me dit chaleureusement bonjour et me souhaite la bienvenue.

Tiens, il semble que malgré tout, je n’ai pas perdu toute ma dignité encore, puisque me voici traité comme un être humain. On dirait d’ailleurs que ça fait la première fois depuis longtemps que ça m’arrive… Au boulot, en somme, qui me respecte encore, qui me traite encore avec déférence, ou un peu de cordialité… Je fais partie des meubles, je suis là comme une fatalité… Mais ici, ça a l’air différent. Bon, sans doute qu’elle n’en sait rien, qui je suis, de ce que je suis. Donc elle est polie. Finira bien par comprendre. Elle me prie de monter l’escalier avec elle, et elle va me montrer ma chambre. Elle parle français avec un fort accent italien, et sa voix un peu enrouée ajoute encore de la chaleur à ses mots. Elle porte un badge à sa blouse, qui indique son nom. C’est écrit TONINA N. en lettres capitales. Est-ce bien une italienne, ou une tessinoise ? Peu importe. Elle est très blonde, cheveux courts bouclés, coiffés im­peccablement. Je la suis, me laisse conduire.

Elle me demande d’où je viens. Elle me demande mon âge. Je lui dis : 33 ans. Un silence. Nous arrivons à la chambre. Elle me montre où mettre mes affaires. Elle me regarde. Puis me demande pourquoi je bois autant. Je lui dis les banalités habituelles : un divorce, elle est partie, il y a exactement un an, jour pour jour. Dépression, trop de travail, fatigué. Elle me demande si j’ai des enfants, je lui dis que oui, un fils, oui il a cinq ans.

Elle ne dit rien, elle ne juge pas, elle semble comprendre. Elle me dit que le dîner sera servi à dix-huit heures trente, mais que la doctoresse veut me voir avant, pour parler un peu avec moi. J’acquiesce, je n’ai aucune objection. Il faut bien qu’ils sachent pourquoi je suis ici, je ne vais rien leur cacher.

Elle me demande si j’ai caché des bouteilles dans mon sac. Je dis que non… si je viens pour me faire soigner, je ne veux pas boire… Ne vais pas tricher.

Je descends voir la doctoresse. Elle m’emmène dans une pièce, dans le couloir de tout à l’heure. Je raconte mon histoire. J’improvise. Cette histoire, je la raconte. Comme ça vient. Je veux qu’elle comprenne que mon cas est désespérément compli­qué, qu’elle va s’y casser les dents. Qu’est qu’on s’est dit ? Je ne sais plus. Quelle im­portance. De toute façon, je m’en fous. J’ai essayé de m’en sortir, ne suis pas arrivé. Peu importe ce qu’elle comprend, peu importe ce qu’on va me faire.

Il est dix-huit heures trente. Il faut passer à la salle à manger. Le dîner est servi. Un serveur en blouse blanche, chemise blanche, nœud papillon et pantalons noirs m’in­vite à prendre place à une table. Des nappes blanches. Restaurant de première classe. Ça va me changer.

Le repas s’est bien déroulé. Échangé quelques banalités avec les convives. Notam­ment une fille qui a l’air plus jeune que moi.

Après le repas, je suis passé au salon. Cossu et confortable. Je vais me laisser vivre. J’écoute les conversations. J’acquiesce. Sans plus.

Je pensais qu’avec mon mode de vie décalé et l’absence d’alcool, je ne dormirais pas de la nuit. Il n’en fut rien. En fait, je suis réellement fati­gué. Ils m’ont donné les remèdes qu’il faut, sans doute. Et s’il me faut quelque chose, je peux appeler la veilleuse de nuit, au bout du couloir. Je vais me reposer un peu.

J’ai fini par m’endormir, tranquillement et j’ai passé une nuit sans rêves.

 

Lu 208 fois

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'entrer toutes les informations requises, indiquées par un astérisque (*). Le code HTML n'est pas autorisé.

© 2018 André Jaquenoud, Ecrivain
Site réalisé par abotsiconsulting.ch
Back to Top